
Une défense en agression sexuelle historique au Nouveau-Brunswick part d’un fait : l’accusation peut être déposée des décennies après l’événement allégué. Des gens sont arrêtés en 2026 pour quelque chose qui se serait produit dans les années 1970, 1980 ou 1990. Cette page explique comment la police, la Couronne et les tribunaux traitent ces dossiers, du premier appel téléphonique jusqu’à la peine.
Il n’existe aucune prescription. Sous le Code criminel, la Couronne peut déposer des accusations pour une infraction sexuelle punissable par mise en accusation en tout temps, et les Services des poursuites publiques du Nouveau-Brunswick le font.
Une accusation historique se juge selon le droit de l’époque de l’acte allégué
« Historique » signifie seulement que l’infraction alléguée est ancienne. Le droit qui s’applique est celui en vigueur au moment de l’acte allégué.
Les modifications de 1983 ont remplacé les voies de fait indécentes et le viol par l’agression sexuelle
Les allégations d’avant 1983 peuvent être accusées de « voies de fait indécentes » ou de « viol ». Ces termes ont été remplacés en 1983 par les dispositions actuelles sur l’agression sexuelle. Les définitions du consentement et les défenses disponibles se jugent selon l’époque de l’événement allégué.
Les dossiers historiques reposent habituellement sur le seul témoignage
Les dossiers modernes ont l’ADN et des trousses médicolégales. Les dossiers historiques n’en ont presque jamais. La preuve de la Couronne est habituellement le témoignage oral de la personne plaignante et rien d’autre, ce qui fait de la crédibilité et de la fiabilité de ce témoin tout le dossier.
La police prend habituellement contact par téléphone avant toute arrestation
Si la GRC ou un corps municipal comme le Service de police de Saint John communique avec vous, une plainte a probablement été déposée.
L’invitation au poste est un interrogatoire, pas une conversation
La police n’arrête souvent pas à la porte. Un enquêteur appelle et vous demande de « venir au poste discuter d’une affaire ». Les agents sont formés à la technique Reid, conçue pour tirer un aveu d’une personne qui pense clarifier les choses. Trois règles :
- N’y allez pas seul.
- Ne faites aucune déclaration.
- N’essayez pas de clarifier les choses sans un avocat présent.
La Charte vous donne droit à un avocat dès l’arrestation
La Charte vous donne le droit de parler à un avocat immédiatement lors de l’arrestation ou de la détention. Si vous n’en avez pas les moyens, la police vous donnera le numéro de l’avocat de service de l’Aide juridique du N.-B. Pour une accusation aussi grave, une avocat en défense criminelle (criminal lawyer) prête avant l’appel fait une différence.
La mise en liberté se décide sur deux motifs et s’accompagne de conditions
Après l’arrestation vient l’enquête sur le cautionnement, formellement la mise en liberté provisoire par voie judiciaire. La Couronne demandera des conditions strictes. Le juge décide de la mise en liberté sur deux motifs : le motif principal, à savoir si vous vous présenterez à la cour à Moncton, à Fredericton ou à Saint John; et le motif secondaire, à savoir s’il existe une probabilité substantielle que vous récidiviez ou que vous nuisiez à l’administration de la justice.
Une ordonnance de mise en liberté comporte habituellement quatre conditions
Une ordonnance de mise en liberté comporte habituellement l’absence de contact avec la personne plaignante ou les témoins nommés, direct ou indirect; une interdiction de vous approcher à moins d’une distance fixée, habituellement de 100 à 500 mètres, du domicile ou du lieu de travail de la personne plaignante; la remise de vos armes à feu et de votre permis de possession et d’acquisition (PPA); et un rapport hebdomadaire à un agent de probation ou à un poste de police.
Tout contact avec la personne plaignante, direct ou indirect, est une nouvelle infraction
Dans les dossiers historiques, la personne plaignante est souvent un ancien membre de la famille ou une connaissance d’enfance, ce qui rend la condition de non-contact la plus difficile à respecter.
Un message par un tiers constitue un manquement
Le contact indirect signifie un message transmis par un tiers. Demander à une sœur ou un frère de « lui dire que je suis désolé que cela lui arrive » est une infraction distincte sous l’article 145 du Code criminel (défaut de se conformer).
Un « j’aime » ou un texto compte comme un contact
Le contact inclut le fait d’aimer une publication Facebook, de consulter un profil LinkedIn (ce qui avise l’utilisateur) et un texto « accidentel ». Les Couronnes du Nouveau-Brunswick traitent les manquements sérieusement. Un seul texto peut révoquer la mise en liberté, et vous attendez alors le procès en détention.
La divulgation donne à la défense tout le dossier de la Couronne
Sous le manuel opérationnel des poursuites publiques, la Couronne doit remettre à la défense toute la preuve pertinente recueillie durant l’enquête. La divulgation est là où la défense se bâtit.
Le lot comprend la déclaration de la personne plaignante, les notes de la police et les dossiers de tiers
Le lot contient habituellement la déclaration enregistrée, souvent appelée la « vidéo K », soit le premier entretien de la personne plaignante avec la police (la GRC ou un corps local comme le Service de police régional de Kennebecasis); les notes de chaque agent qui a travaillé sur le dossier; le rapport d’événement, qui est le résumé interne du début de l’enquête; et tout dossier de tiers sur lequel la Couronne compte s’appuyer, comme des dossiers scolaires ou médicaux de l’époque.
La preuve perdue peut suspendre la poursuite
Après des décennies, la preuve qui aurait pu aider l’accusé est souvent disparue. Si la Couronne ou la police l’a perdue par négligence, comme des notes détruites ou des pièces manquantes, la défense peut présenter une requête fondée sur l’article 7 de la Charte. Là où le droit à un procès équitable a été compromis, le remède peut être un arrêt des procédures, qui met fin à la poursuite.
Trois règles de preuve façonnent ces procès
Les règles de preuve dans ces procès protègent le processus tout en préservant le droit de l’accusé à une réponse et une défense pleines et entières.
Le délai à divulguer ne discrédite plus un témoin
Les tribunaux tiraient autrefois une inférence défavorable d’un signalement tardif. Cette règle a disparu. Le délai seul ne peut discréditer un témoin. Le juge examine les raisons du délai : la peur, le traumatisme, l’âge de la personne plaignante à l’époque.
L’article 276 interdit la preuve d’activité sexuelle antérieure sans l’autorisation d’un juge
L’activité sexuelle antérieure d’une personne plaignante ne peut être soulevée pour suggérer qu’elle était plus susceptible de consentir ou moins digne de foi. Pour présenter toute preuve d’activité sexuelle antérieure, la défense doit présenter une requête sous l’article 276 du Code criminel. Le juge tient un voir-dire, une audience à l’intérieur du procès, et décide si la preuve est pertinente à la défense précise soulevée.
Les experts de la Couronne expliquent la divulgation tardive
La Couronne peut faire témoigner un expert pour expliquer que les personnes plaignantes retardent souvent la divulgation ou restent en contact avec l’accusé. La défense y répond par des incohérences précises et objectives dans la preuve.
Les petites communautés rendent les ordonnances de non-contact difficiles à respecter
De la Miramichi à la péninsule acadienne, le Nouveau-Brunswick est fait de petites villes, et une ordonnance de non-contact y est difficile à respecter.
L’étiquetage et les « j’aime » sont des manquements
Étiqueter quelqu’un sur Facebook ou Instagram peut constituer un manquement. La police peut retracer facilement les interactions numériques. Un seul « j’aime » sur la photo de la personne plaignante peut mener à une arrestation.
Quitter immédiatement après une rencontre accidentelle n’est pas un manquement
À Sussex ou à Oromocto, vous pourriez rencontrer la personne plaignante à l’épicerie. Les juges cherchent l’intention. Si vous voyez la personne et partez immédiatement, il n’y a aucun manquement. Si vous restez ou lui faites signe, il y en a un.
La détermination de la peine après condamnation signifie la prison, le registre et une ordonnance d’ADN
Sur condamnation, les principes de détermination de la peine sont la dénonciation et la dissuasion.
La prison est le point de départ habituel
La Cour suprême du Canada a invalidé certaines peines minimales obligatoires. Malgré cela, le point de départ pour une agression historique impliquant un mineur ou une violence importante au Nouveau-Brunswick est habituellement une peine de prison, fédérale ou provinciale.
L’enregistrement sous la LERDS dure 10 ans, 20 ans ou à vie
Une condamnation impliquant des attouchements sexuels ou le viol comporte une ordonnance obligatoire sous la Loi sur l’enregistrement de renseignements sur les délinquants sexuels (LERDS). Vous signalez votre adresse, votre lieu de travail et vos déplacements à la police pendant 10 ans, 20 ans ou à vie.
Une ordonnance d’ADN est standard
Le tribunal ordonne un échantillon d’ADN pour la Banque nationale de données génétiques. L’agression sexuelle est une infraction primaire désignée, alors l’ordonnance est standard.
Chaque tribunal du Nouveau-Brunswick a sa propre culture de la Couronne
Chaque tribunal, du palais de justice de Saint John au circuit d’Edmundston, a sa propre culture, et les Couronnes des différentes régions pèsent différemment la résolution contre le litige.
L’avocat local sait quels arguments portent
Un avocat qui connaît les politiques locales des Services des poursuites publiques sait quels arguments portent devant le banc local et comment tester le récit d’une personne plaignante sans enfreindre l’article 276.
L’enquête préliminaire teste la personne plaignante avant le procès
L’enquête préliminaire teste les témoins de la Couronne avant tout procès à la Cour du Banc du Roi. Elle montre comment la personne plaignante résiste au contre-interrogatoire.
Le manuel opérationnel de la Couronne dirige la conduite de ces dossiers
Le manuel opérationnel des Services des poursuites publiques dirige les Couronnes dans les dossiers d’agression sexuelle.
La politique 32 rend le retrait improbable
Les Couronnes doivent traiter les personnes plaignantes avec « courtoisie, compassion et respect » et tenir compte de la nature tenant compte des traumatismes du témoignage. En pratique, cela signifie que la Couronne retire rarement une accusation parce que la preuve semble faible.
La déjudiciarisation n’est presque jamais offerte
Le Nouveau-Brunswick a un modèle de déjudiciarisation pour adultes. Il n’est presque jamais offert pour des infractions impliquant des attouchements sexuels ou de la violence, traitées comme étant dans l’intérêt public à poursuivre pleinement.
L’enquête préliminaire fige le récit de la personne plaignante
Là où la Couronne procède par mise en accusation, vous pourriez avoir droit à une enquête préliminaire. La défense contre-interroge la personne plaignante pour tester s’il existe une preuve suffisante pour un procès, et la transcription fige son récit.
La défense en agression sexuelle historique repose sur la crédibilité, la cohérence et le contexte
Sans ADN et sans vidéo, la défense repose sur trois choses : la crédibilité, la cohérence et le contexte.
Un récit qui a changé appuie le doute raisonnable
Chaque déclaration faite par la personne plaignante est comparée : à la police, aux thérapeutes, à la famille, en cour. Un récit qui a changé de façon importante au fil des ans appuie le doute raisonnable.
Un motif de fabrication est pertinent
Certaines plaintes surgissent durant une poursuite civile ou une chicane de succession. Les tribunaux se montrent prudents avec cet argument, mais un motif de porter une allégation est pertinent.
Les dossiers peuvent montrer que les événements étaient impossibles
Les événements étaient-ils physiquement possibles? Si l’allégation situe une agression dans une maison précise en 1982 et que les registres de propriété montrent que vous y avez emménagé en 1985, la preuve de la Couronne s’affaiblit.
L’accusation touche l’emploi et les voyages avant même tout verdict
L’accusation elle-même porte une stigmatisation dans une province de cette taille, avant tout verdict.
Une accusation pendante figure sur une vérification du secteur vulnérable
Une accusation pendante figure sur une vérification du casier judiciaire et une vérification du secteur vulnérable (VSV). Quiconque travaille dans une école, un hôpital ou auprès de personnes âgées est habituellement suspendu ou congédié sur-le-champ.
Les agents frontaliers américains peuvent refuser l’entrée pour une accusation pendante
Les services frontaliers américains (US Customs and Border Protection) peuvent refuser l’entrée pour une accusation pendante liée à un « crime impliquant la turpitude morale », condamnation ou non.
Points clés : le silence, le respect des conditions et la preuve décident d’une accusation historique
L’accusation peut arriver des décennies plus tard, sans prescription et habituellement sans preuve matérielle. Le dossier repose sur le témoignage de la personne plaignante. Alors : ne dites rien à la police sans avocat, respectez chaque condition de mise en liberté à la lettre, et bâtissez la défense sur la crédibilité, la cohérence et le contexte.
- Ne faites aucune déclaration et n’essayez pas de clarifier les choses sans avocat.
- Traitez un « j’aime » ou un texto comme un manquement pouvant révoquer la mise en liberté.
- Préservez les vieux dossiers, les dates et les témoins; ils démontent les allégations.
- Utilisez l’enquête préliminaire pour tester et figer le récit de la personne plaignante.
FAQ : questions courantes sur les accusations historiques au N.-B.
La police peut-elle m’arrêter sans aucune preuve matérielle?
Oui. Le témoignage d’une seule personne, si le juge le croit, suffit pour condamner. La police n’a besoin d’aucun ADN ni corroboration au-delà de la déclaration de la personne plaignante pour déposer l’accusation.
Que se passe-t-il si je vois accidentellement la personne plaignante en public?
Partez immédiatement. Aucun contact visuel, aucune parole. Si vous partez au moment où vous réalisez sa présence, vous êtes généralement protégé contre une accusation de manquement.
Puis-je faire modifier une ordonnance de « non-contact » pour voir ma famille?
Si la personne plaignante est un membre de la famille, votre avocat peut présenter une demande de modification de la mise en liberté. Elle exige le consentement de la Couronne ou une audience devant un juge. Ne la négociez jamais vous-même.
Le terme « viol » est-il toujours employé dans les tribunaux du Nouveau-Brunswick?
Non. Il a quitté le Code criminel en 1983. Tout attouchement sexuel non consensuel est maintenant une « agression sexuelle », bien qu’un dossier historique puisse utiliser l’ancien terme si l’infraction précède le changement.
Que se passe-t-il si la personne plaignante est maintenant décédée?
La Couronne ne peut habituellement pas continuer. La Charte vous donne le droit de contre-interroger votre accusateur, et sans témoin, il n’existe généralement aucune preuve pour appuyer une condamnation.
Puis-je faire détruire mes empreintes digitales si les accusations sont abandonnées?
Oui. Après un acquittement ou un retrait, vous pouvez demander à la police locale de détruire vos empreintes digitales et vos photographies, afin qu’aucun dossier de non-condamnation ne vous suive à la frontière.
Quelle est la différence entre un « engagement de ne pas troubler l’ordre public » et une condamnation?
Un engagement sous l’article 810 n’est pas une condamnation. Vous acceptez des conditions, comme le non-contact, pour jusqu’à 12 mois, et les accusations sont retirées. Il est rarement offert dans les dossiers graves d’agression sexuelle.
Tout type de dossier que le cabinet mène figure sous les domaines de pratique (injury law areas), et le bureau de Moncton prend le premier appel.